Lundi 23 juin 2008 1 23 /06 /Juin /2008 20:44

11 juin 2008

Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du monde, je fais appel à la conscience des dirigeants et citoyens pour que ne soit pas approuvé le texte de la "directive retour".

par Evo Morales Ayma

Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe était un continent d’émigrants. Des dizaines de millions d’habitants partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques. Aujourd’hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite "directive retour".

Ce texte, validé le 5 juin dernier par les ministres de l’Intérieur des 27 pays de l’Union européenne, doit être approuvé le 18 juin par le Parlement européen. Je perçois qu’il durcit de manière drastique les conditions de détention et d’expulsion des migrants sans papier, quel qu’ait été leur temps de séjour dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et le succès de leur intégration.

Les Européens sont arrivés dans les pays d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, en masse, sans visa, ni conditions imposées par les autorités. Ils furent toujours bienvenus, et le demeurent, dans nos pays du continent américain, qui absorbèrent alors la misère économique européenne et ses crises politiques. Ils vinrent sur notre continent en exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût très élevé pour les peuples premiers de l’Amérique. Comme par exemple dans le cas de notre Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines qui donnèrent sa masse monétaire au continent européen entre le XVIe et le XIXe siècle. Les personnes, les biens, les droits des migrants européens furent toujours respectés. Aujourd’hui, l’Union européenne est la principale destination des migrants du monde, conséquence de son image positive d’espace de prospérité et de libertés publiques. L’immense majorité des migrants viennent dans l’Union européenne pour contribuer à cette prospérité, non pour en profiter. Ils occupent les emplois de travaux publics, dans la construction, les services aux personnes et dans les hôpitaux, que ne peuvent ou ne veulent occuper les Européens. Ils contribuent au dynamisme démographique du continent européen, à maintenir la relation entre actifs et inactifs qui rend possible ses généreux systèmes de solidarité sociale et dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l’UE.

Pour nous, nos émigrants représentent l’aide au développement que les Européens ne nous donnent pas - vu que peu de pays atteignent réellement l’objectif minimum de 0,7 pc du PIB d’aide au développement. L’Amérique latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts financiers de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers dans nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300 milliards de dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars octroyés au nom de l’aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, a reçu plus de 10 pc de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1 milliard de dollars), soit un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel.

Il apparaît que les flux de migration sont bénéfiques pour les Européens et, de manière marginale, aussi pour nous du Tiers-Monde, vu que nous perdons des millions de personnes de main-d’oeuvre qualifiée en laquelle, d’une manière ou d’une autre, nos Etats, bien que pauvres, ont investi des ressources humaines et financières. Il est regrettable que le projet de "directive retour" complique terriblement cette réalité. Si nous concevons que chaque Etat ou groupe d’Etats puisse définir ses politiques migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits fondamentaux des personnes soient déniés à nos compatriotes et à nos frères latino-américains.

La directive retour prévoit la possibilité d’un enfermement des migrants sans papier jusqu’à 18 mois avant leur expulsion - ou "éloignement" selon le terme de la directive. Dix-huit mois ! Sans procès, ni justice ! Tel qu’il est, le projet de directive viole clairement les articles 2, 3, 5, 6, 7, 8 et 9 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. Et en particulier l’article 13 qui énonce : "1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays." Et, pire que tout, il existe la possibilité d’emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans prendre en compte leur situation familiale ou scolaire, dans ces centres de rétention où nous savons que surviennent des dépressions, des grèves de la faim, des suicides.

Comment pouvons-nous accepter sans réagir que soient concentrés dans ces camps nos compatriotes et frères latino-américains sans papiers, dont l’immense majorité travaillent et s’intègrent depuis des années ? De quel côté est aujourd’hui le devoir d’ingérence humanitaire ? Où est la "liberté de circuler", la protection contre les emprisonnements arbitraires ? Parallèlement, l’Union européenne tente de convaincre la Communauté andine des nations (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou) de signer un "Accord d’association" qui inclut en son troisième pilier un traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu’imposent les Etats-Unis. Nous subissons une intense pression de la Commission européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos services publics. De plus, au nom de la "protection juridique", on nous reproche notre processus de nationalisation de l’eau, du gaz et des télécommunications réalisés le Jour des travailleurs.

Je demande, dans ce cas : où est la "sécurité juridique" pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur en Europe ? Promouvoir d’un côté la liberté de circulation des marchandises et des flux financiers, alors qu’en face nous voyons des emprisonnements sans jugement pour nos frères qui ont essayé de circuler librement... Ceci est nier les fondements de la liberté et des droits démocratiques. Dans ces conditions, si cette "directive retour" devait être approuvée, nous serions dans l’impossibilité éthique d’approfondir les négociations avec l’Union européenne et nous nous réservons le droit d’imposer aux citoyens européens les mêmes obligations de visas qui nous ont été imposées le 1er avril 2007, selon le principe diplomatique de réciprocité. Nous ne l’avions pas exercé jusqu’à maintenant, attendant justement des signaux positifs de l’UE.

Le monde, ses continents, ses océans, ses pôles, connaissent d’importantes difficultés globales : le réchauffement global, la pollution, la disparition lente mais sûre des ressources énergétiques et de la biodiversité alors qu’augmentent la faim et la misère dans tous les pays, fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu’ils soient sans papiers ou non, les boucs émissaires de ces problèmes globaux, n’est en rien une solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes de cohésion sociale dont souffre l’Europe ne sont pas la faute des migrants, mais le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.

Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent et des régions du monde comme le Maghreb et les pays de l’Afrique, je fais appel à la conscience des dirigeants et députés européens, des peuples, citoyens et militants d’Europe, pour que ne soit pas approuvé le texte de la "directive retour". Telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est une directive de la honte. J’appelle aussi l’Union européenne à élaborer, dans les prochains mois, une politique migratoire respectueuse des droits de l’Homme, qui permette le maintien de cette dynamique profitable pour les deux continents, qui répare une fois pour toutes l’énorme dette historique, économique et écologique que les pays d’Europe ont envers une grande partie du Tiers-Monde, et qui ferme définitivement les veines toujours ouvertes de l’Amérique latine. Vous ne pouvez pas faillir aujourd’hui dans vos "politiques d’intégration" comme vous avez échoué avec votre supposée "mission civilisatrice" du temps des colonies.

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Lundi 23 juin 2008 1 23 /06 /Juin /2008 20:21
Jean Ziegler est l’ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation. Il est aujourd’hui membre du comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies et auteur du livre L’Empire de la honte (édition Le Livre de poche).

Le sommet de la FAO, à Rome, sur la crise alimentaire mondiale s’est clôturé, jeudi 5 juin. Que faut-il retenir de ce congrès ?

Jean Ziegler : C’est un échec total, c’est extraordinairement décevant, et très inquiétant pour l’avenir des Nations unies. Le sommet est assez unique dans l’histoire de cette organisation : plus de 50 chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis pour discuter de solutions concrètes à apporter à l’effroyable massacre quotidien de la faim, qui s’aggrave encore avec l’explosion des prix mondiaux des matières premières agricoles depuis cinq ou six mois. Mais le résultat de cette conférence est totalement scandaleux : l’intérêt privé s’est imposé, au lieu de l’intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d’aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre.

Quels engagements des membres de la FAO auriez-vous souhaité ?

Je souhaitais trois décisions. Tout d’abord, l’interdiction totale de brûler de la nourriture pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l’agriculture vivrière, familiale et de subsistance.

La déclaration finale du sommet, difficilement adoptée jeudi soir, engage les pays membres de la FAO à réduire de moitié le nombre de personnes qui ont faim d’ici à 2015. Est-ce un objectif crédible ?

Non, c’est de l’hypocrisie la plus totale. D’ailleurs, ce but est celui du millénaire. C’est en septembre 2000, au seuil du nouveau millénaire, que Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies à l’époque, avait réuni les pays membres des Nations unies à New York et avait fixé neufs buts du millénaire pour éradiquer la misère, la faim, etc. Le premier, qui a été adopté, était déjà de réduire de moitié les affamés d’ici à 2015. Mais entre 2000 et 2008, la faim n’a pas reculé, elle a massivement augmenté. Selon la FAO, il y avait l’année dernière 854 millions de personnes gravement et en permanence sous-alimentées. Sans compter les 6 millions d’enfants morts de faim. Et il pourrait y avoir 100 millions de personnes de plus à tomber dans la sous-alimentation grave et permanente à partir de maintenant à cause de l’explosion des prix.

Qui sont, selon vous, les responsables de cet "échec" du sommet de Rome ?

ll y en a trois principaux. D’une part, les Etats-Unis et leurs alliés canadiens et australiens qui ont saboté le sommet en faisant pratiquement la politique de la chaise vide. D’autre part, les grandes sociétés multinationales. Dix sociétes multinationales contrôlent actuellement 80 % du commerce mondial des aliments de base mais elles ne sont pas la Croix-Rouge et ne sont pas en charge de l’intérêt collectif. Troisième responsable, et je le dis avec beaucoup d’inquiétude, c’est le secrétaire général des Nations unies, qui est chargé de faire des propositions. Or, il ne le fait que d’une façon très insuffisante.

Propos recueillis par Laura Marzouk LEMONDE.FR | 06.06.08 | 15h17
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Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /Mai /2008 14:56
Histoire de mettre les pendules à l'heure.

Si tu ne sais pas où tu vas, sache au moins d'où tu viens.

Le Général de Gaulle ouvre à Brazzaville une conférence qui groupe les représentants des territoires français d'Afrique que autour de M. Pleven, Commissaire aux Colonies, première étape vers l'Union française. Si l'on voulait juger des entreprises de notre temps suivant les errements anciens, on pourrait s'étonner que le Gouvernement français ait décidé de réunir cette Conférence africaine.

"Attendez !" nous conseillerait, sans doute, la fausse prudence d'autrefois. "La guerre n'est pas à son terme. Encore moins peut-on savoir ce que sera demain la paix. La France, d'ailleurs, n'a-t-elle pas, hélas ! des soucis plus immédiats que l'avenir de ses territoires d'outre-mer ?"

Mais il a paru au gouvernement que rien ne serait, en réalité, moins justifié que cet effacement, ni plus imprudent que cette prudence. C'est qu'en effet, loin que la situation présente, pour cruelle et compliquée qu'elle soit, doive nous conseiller l'abstention, c'est, au contraire, l'esprit d'entreprise qu'elle nous commande. Cela est vrai dans tous les domaines, en particulier dans celui que va parcourir la Conférence de Brazzaville. Car, sans vouloir exagérer l'urgence des raisons qui nous pressent d'aborder l'étude d'ensemble des problèmes africains français, nous croyons que les immenses événements qui bouleversent le monde nous engagent à ne pas tarder ; que la terrible épreuve que constitue l'occupation provisoire de la Métropole par l'ennemi ne retire rien à la France en guerre de ses devoirs et de ses droits enfin, que le rassemblement, maintenant accompli, de toutes nos possessions d'Afrique nous offre une occasion excellente de réunir, à l'initiative et sous la direction de M. le Commissaire aux Colonies, pour travailler ensemble, confronter leurs idées et leur expérience, les hommes qui ont l'honneur et la charge de gouverner, au nom de la France, ses territoires africains. Où donc une telle réunion devait-elle se tenir, sinon à Brazzaville, qui, pendant de terribles années, fut le refuge de notre honneur et de notre indépendance et qui restera l'exemple du plus méritoire effort français ?

Depuis un demi-siècle, à l'appel d'une vocation civilisatrice vieille de beaucoup de centaines d'années, sous l'impulsion des gouvernements de la République et sous la conduite d'hommes tels que : Gallieni, Brazza, Dodds, Joffre, Binger, Marchand, Gentil, Foureau, Lamy, Borgnis-Desbordes, Archinard, Lyautey, Gouraud, Mangin, Largeau, les Français ont pénétré, pacifié, ouvert au monde, une grande partie de cette Afrique noire, que son étendue, les rigueurs du climat, la puissance des obstacles naturels, la misère et la diversité de ses populations avaient maintenue, depuis l'aurore de l'Histoire, douloureuse et imperméable.

Ce qui a été fait par nous pour le développement des richesses et pour le bien des hommes, à mesure de cette marche en avant, il n'est, pour le discerner, que de parcourir nos territoires et, pour le reconnaître, que d'avoir du coeur. Mais, de même qu'un rocher lancé sur la pente roule plus vite à chaque instant, ainsi l'oeuvre que nous avons entreprise ici nous impose sans cesse de plus larges tâches. Au moment où commençait la présente guerre mondiale, apparaissait déjà la nécessité d'établir sur des bases nouvelles les conditions de la mise en valeur de notre Afrique, du progrès humain de ses habitants et de l'exercice de la souveraineté française.

Comme toujours, la guerre elle-même précipite l'évolution. D'abord, par le fait qu'elle fut, jusqu'à ce jour, pour une bonne part, une guerre africaine et que, du même coup, l'importance absolue et relative des ressources, des communications, des contingents d'Afrique, est apparue dans la lumière crue des théâtres d'opérations. Mais ensuite et surtout parce que cette guerre a pour enjeu ni plus ni moins que la condition de l'homme et que, sous l'action des forces psychiques qu'elle a partout déclenchées, chaque individu lève la tête, regarde au-delà du jour et s'interroge sur son destin.

S'il est une puissance impériale que les événements conduisent à s'inspirer de leurs leçons et à choisir noblement, libéralement, la route des temps nouveaux où elle entend diriger les soixante millions d'hommes qui se trouvent associés au sort de ses quarante-deux millions d'enfants, cette puissance c'est la France. En premier lieu et tout simplement parce qu'elle est la France, c'est-à-dire la nation dont l'immortel génie est désigné pour les initiatives qui, par degrés, élèvent les hommes vers les sommets de dignité et de fraternité où, quelque jour, tous pourront s'unir. Ensuite parce que, dans l'extrémité où une défaite provisoire l'avait refoulée, c'est dans ses terres d'outre-mer, dont toutes les populations, dans toutes les parties du monde, n'ont pas, une seule minute, altéré leur fidélité, qu'elle a trouvé son recours et la base de départ pour sa libération et qu'il y a désormais, de ce fait, entre la Métropole et l'Empire, un lien définitif. Enfin, pour cette raison que, tirant à mesure du drame les conclusions qu'il comporte, la France est aujourd'hui animée, pour ce qui la concerne elle-même et pour ce qui concerne tous ceux qui dépendent d'elle, d'une volonté ardente et pratique de renouveau.

Est-ce à dire que la France veuille poursuivre sa tâche d'outremer en enfermant ses territoires dans des barrières qui les isoleraient du monde et, d'abord, de l'ensemble des contrées africaine ? Non, certes ! et, pour le prouver, il n'est que d'évoquer comment, dans cette guerre, l'Afrique Équatoriale et le Cameroun français n'ont cessé de collaborer de la façon la plus étroite avec les territoires voisins, Congo belge, Nigeria britannique, Soudan anglo-égyptien, et comment, à l'heure qu'il est, l'Empire français tout entier, à l'exception momentanée de l'Indochine, contribue dans d'importantes proportions, par ses positions stratégiques, ses voies de communications, sa production, ses bases aériennes, sans préjudice de ses effectifs militaires, à l'effort commun des Alliés. Nous croyons que, pour ce qui concerne la vie du monde de demain, l'autarcie ne serait, pour personne, ni souhaitable, ni même possible. Nous croyons, en particulier, qu'au point de vue du développement des ressources et des grandes communications, le continent africain doit constituer, dans une large mesure, un tout. Mais, en Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu a peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi.

Tel est le but vers lequel nous avons à nous diriger. Nous ne nous dissimulons pas la longueur des étapes. Vous avez, Messieurs les Gouverneurs généraux et Gouverneurs, les pieds assez bien enfoncés dans la terre d'Afrique pour ne jamais perdre le sens de ce qui y est réalisable et, par conséquent, pratique. Au demeurant, il appartient à la nation française et il n'appartient qu'à elle, de procéder, le moment venu, aux réformes impériales de structure qu'elle décidera dans sa souveraineté. Mais, en attendant, il faut vivre, et vivre chaque jour c'est entamer l'avenir.

Vous étudierez ici, pour les soumettre au gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, économiques et autres vous paraissent pouvoir être progressivement appliquées dans chacun de nos territoires, afin que, par leur développement même et le progrès de leur population, ils s'intègrent dans la communauté française avec leur personnalité, leurs intérêts, leurs aspirations, leur avenir.

Messieurs, la Conférence Africaine Française de Brazzaville est ouverte.

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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /Mai /2008 07:57
Le Ghana se lance dans le biocarburant pour exporter en Suède

ACCRA - Une compagnie ghanéenne vient d'annoncer qu'elle allait produire de l'éthanol à base de canne à sucre à grande échelle à partir de 2010, alors qu'en pleine crise alimentaire, la controverse fait rage dans le monde sur les biocarburants

La Northern Sugar Resources Ltd compte planter 30.000 hectares de canne à sucre sur des terres vierges au centre du pays pour alimenter une usine qui doit être construite par une entreprise brésilienne, Constran S.A.

"Selon l'accord financier qui sera signé en juin, l'objectif est de produire à mi-capacité vers la mi-2010, soit 75.000 mètres cubes par an", précise à l'AFP Roger G. Walters, le directeur technique de Northern Sugar.

"C'est une bonne nouvelle pour le Ghana, même si cet éthanol futur est destiné à l'exportation (vers la Suède), car cela va créer des emplois", a commenté à l'AFP le vice-ministre de l'information, Frank Agyekum.

Le plan d'activité est en trois étapes. An1: culture des champs de canne à sucre, An2: début de la production, An3: pleine capacité, soit 150.000 mètres cubes par an.

La compagnie suédoise Svensk Etanolkemi AB (Sekab) s'est engagée à acheter l'éthanol "made in Ghana" pendant dix ans, a indiqué à l'AFP par téléphone le directeur de la compagnie, Anders Fredriksson.

"L'un de nos objectif est d'incorporer l'Afrique au marché mondial des biocarburants. L'Afrique a un énorme potentiel de croissance économique dans ce secteur", estime M. Fredriksson.

Le projet ghanéen se monte à environ 306 million dollars (197 million euros), indique Fabio Pavan, responsable du développement à Constran S.A.

De ce montant, 260 millions de dollars proviendront d'un prêt consenti à Northern Sugar par la banque d'Etat brésilienne de développement BNDES, précise-t-il.

"C'est un projet gagnant", souligne-t-il en ajoutant qu'il s'agit du premier prêt public du Brésil au Ghana.

Pour la Suède, l'importation d'éthanol ghanéen réduira de près d'un tiers son déficit en biocarburants, estime encore Fabio Pavan.

Au bout d'un an de production, l'éthanol devrait devenir le quatrième produit d'exportation du Ghana après le café, l'or et le bois.

Le site retenu pour la canne à sucre se trouve au nord du Lac Volta, à environ 100 km au sud de la ville de Tamale.

"C'est une région de savane, très plate, sans cultures", précise M. Walters comme pour répondre aux critiques ambiantes sur les biocarburants.

"Il y a, renchérit M. Fredriksson, d'énormes espaces non utilisés en Afrique. Produire de l'éthanol va rapporter de l'argent qui pourra être utilisé pour l'agriculture, pour acheter de la nourriture, pour payer des frais de scolarité".

Si au Ghana, la Sekab va acheter du biocarburant, elle compte en revanche en produire en Tanzanie, ajoute-t-il.

Les surplus d'électricité générés par la production d'éthanol seront vendus au gouvernement ghanéen, indique de son côté Kojo Fosu, le président de Regency Resources, la holding propriétaire de Northern Sugar.

Développés à la fois pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et préparer l'après-pétrole, les biocarburants sont aujourd'hui souvent taxés de fausse bonne idée, sur fond de crise alimentaire affectant les pays pauvres.

L'un des porte-drapeaux de l'éthanol, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, assure au contraire que la canne à sucre cultivée dans son pays n'est pas destinée à l'alimentation et n'a pas "volé" de terres agricoles.

"Le plus important, ce n'est pas la surface que vous cultivez, mais comment vous cultivez efficacement", affirme M.Agyekum.

"Les énergies fossiles ne sont pas éternelles. Même si nous avons découvert récemment du pétrole, nous avons besoin de cette technologie des biocarburants", conclut-il.

(©AFP / 03 mai 2008 10h05)

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Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /Avr /2008 10:06
 

De nombreuses causes ont été évoquées depuis le début de la crise alimentaire dans les pays du Sud. Quelle est la part réelle de ces causes dans la situation actuelle ? Quelles seront les conséquences de la hausse des prix sur la sécurité alimentaire et sur l'agriculture dans ces pays ? Quelles sont, les solutions envisageables pour gérer et sortir de cette crise ? Le Cirad propose ici des éléments d'analyse et de réponse issus de l'expertise de ses chercheurs ayant une connaissance fine de la situation dans les pays touchés.

Cette synthèse est alimentée par les contributions de chercheurs du Cirad spécialistes des questions d'agriculture vivrière et de sécurité alimentaire, dont un grand nombre sont en poste dans les pays du Sud. Elle sera mise à jour régulièrement au fur et à mesure des analyses en cours sur les causes et les effets de la hausse des prix.

Quelles sont les causes de la hausse des prix ?

On ne peut être simpliste et chercher un bouc émissaire. Les causes sont multiples, et de natures à la fois structurelle et conjoncturelle. En premier lieu, le pouvoir d’achat des populations des pays émergents (Brésil, Chine, Inde) a, ces dernières décennies, augmenté. En conséquence, leur consommation alimentaire s'est accrue. En Asie, elle est passée de 2150 kilocalories par personne et par jour en 1970 à près de 2800 kilocalories en 2000. Les habitudes alimentaires ont également changé avec une consommation de viande plus élevée. Les calories d’origine animale représentaient, en 1970, moins de 5 % des calories totales consommées en Asie. Trente ans plus tard, cette part a plus que doublé pour atteindre 11,7 %. Rappelons, en outre, qu’en moyenne sept calories végétales sont nécessaires pour produire une calorie animale. Dans les autres pays du Sud, on observe le même phénomène mais essentiellement dans les villes. L’urbanisation se poursuit à une vitesse très élevée. La demande alimentaire augmente ainsi plus vite que la population et la production agricole peine à répondre. Il y a donc une tendance durable à une forte croissance de la demande.

Ressource "Dossier" : L’alimentation des villes du Sud 

Si les prix flambent depuis quelques mois, c’est qu’il y a aussi un effet conjoncturel. Plusieurs pays ont en effet subi récemment des accidents climatiques (sécheresse en Australie, typhon au Bangladesh, hiver plus froid en Chine et au Vietnam) engendrant de mauvaises récoltes. Cette situation s’est traduite par une augmentation de la demande dans les pays importateurs, tels que le Bangladesh pour le riz, et à une baisse de l'offre de pays exportateurs majeurs comme l’Australie pour le blé. Certains pays exportateurs, de même que les courtiers en céréales, ont anticipé une hausse des prix en limitant les mises en marché. Le Vietnam et la Chine ont gelé leurs exportations de riz et attendent la deuxième vague de récolte (avril/mai) pour réévaluer leur position. Les spéculateurs sur les marchés à terme des produits agricoles considèrent ce secteur lucratif alors que s'annonce une hausse de la demande pour les agrocarburants ou une baisse de l'offre liée aux accidents climatiques. Si la hausse est si sensible c'est à la fois dû à une petite diminution de l'offre et une augmentation de la demande, mais aussi et surtout à une volatilité accrue des cours du fait de l'absence de régulation du marché : libéralisation oblige, les Etats n'interviennent plus, les stocks de céréales sont très bas. Nous sommes rentrés dans une ère d'instabilité des cours avec des risques durables de flambées intempestives.

Quelle est la part de responsabilité des agrocarburants dans cette hausse ?


Ce ne sont pas les volumes actuels de produits agricoles destinés aux agrocarburants qui expliquent la hausse des prix sauf localement chez les fournisseurs de maïs des Etats-Unis, principaux producteurs de ces carburants. D’après les estimations d’Agrimonde, projet de prospective mené par le Cirad et l’Inra, sur le total des calories végétales produites dans le monde, moins de 5 % est destinée aux usages non-alimentaires dont font partie les agrocarburants. L’alimentation humaine représente 55 % de ce total et l’alimentation animale 30 %. En outre, les volumes destinés aux agrocarburants sont, pour le moment, faibles. Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2005, 1 % des terres cultivées servaient à produire des agrocarburants remplaçant 1 % de notre consommation mondiale de carburants fossiles. En revanche, la hausse annoncée de l’utilisation des céréales pour des agrocarburants accroît l’intérêt du marché des produits agricoles pour les spéculateurs financiers. C’est donc plus l’anticipation de cette hausse de la demande qu’une hausse réelle qui contribue à expliquer la flambée des prix.

Ressource "Recommandations" : Enjeux et perspectives des biocarburants pour l'Afrique

Quid de l'impact de la hausse du prix du baril de pétrole ?



Le pétrole est un facteur de production important dans l'agriculture, en particulier dans les pays industrialisés, où elle est motorisée et fortement consommatrice d'intrants. La hausse du prix du baril se répercute bien évidemment sur le prix du transport, mais aussi sur celui des engrais, de l'irrigation par pompage et de la transformation agro-alimentaire. Elle se répercute donc également sur le prix des produits agricoles. Il s’agit donc aujourd’hui d'inventer une agriculture et un système de transformation et de commercialisation agroalimentaire moins énergivore. C’est un enjeu majeur.
Si les pays du Sud utilisent moins d'énergie fossile pour leur production agricole, ils subissent aussi durement la hausse du prix du pétrole. Elle se répercute sur les coûts de production, de transformation et de commercialisation des produits locaux.

Quelles sont les conséquences de cette hausse des prix pour la population des pays du Sud ?


Ce sont surtout les pays qui importent massivement des produits alimentaires pour nourrir leur population qui souffrent de cette hausse. Et ce sont en particulier leurs populations pauvres qui n'ont plus de marges de manœuvre pour y faire face. Cette hausse des prix n'est pas la première que subissent ces pays. En 1994, la dévaluation de 50% du franc CFA, la monnaie des pays d'Afrique francophone, s'est traduite par un quasi doublement des prix des aliments importés. Si cette hausse a eu des répercussions graves sur la sécurité alimentaire des populations, notamment des enfants, elle ne s'est pas traduite par des émeutes comme c’est le cas à l’heure actuelle. Aujourd’hui, la donne a changé : les marges de manœuvre des populations fragilisées par des décennies de crise économique sont très réduites. C'est en tout cas ce qui explique la crise alimentaire qu'a connu le Niger en 2005. Ce pays a subi une hausse conjoncturelle des prix liée à la demande du Nigeria voisin. Après des années de fragilisation, la population ne disposait plus des solutions qui lui permettaient d’y faire face jusqu’alors - utiliser ses stocks de sécurité, mobiliser son épargne, solliciter la famille en ville. Elle a subi le choc de plein fouet avec les conséquences nutritionnelles que l'on connaît et notamment des milliers d'enfants en malnutrition sévère. Les émeutes que l'on observe aujourd'hui sont sans doute la manifestation de l'épuisement d'une population qui n'en peut plus de décennies de crises.

Quelles sont les conséquences sur le secteur agricole ?

Puisque le prix des produits importés augmente, les ménages vont sans doute reporter leur consommation sur les produits locaux. L'agriculture vivrière commerciale, délaissée depuis une vingtaine d'année des priorités des politiques, revient donc sur le devant de la scène. La Banque Mondiale ne s'y est d'ailleurs pas trompé : elle replace, au travers de son rapport annuel, les enjeux agricoles au centre des questions des pays en développement et, au-delà, de la planète.

Ressource "Actualité" : L’agriculture : un outil majeur du développement selon la Banque mondiale. Commentaires de Denis Pesche, sociologue au Cirad.

Les filières vivrières approvisionnant le marché domestique, et en particulier les marchés urbains, n'ont cependant pas attendu qu'on les soutienne pour répondre à cette demande. Celle-ci a explosé avec un rythme d'urbanisation sans précédant dans l'histoire du Monde. Depuis trente ans, on a assisté à un fort développement de ces filières : elles ont innové, se sont mécanisées et organisées pour offrir des produits adaptés aux modes de vie des citadins et accessibles à leur pouvoir d'achat. Le marché domestique représente aujourd'hui, en valeur, largement plus que les marchés à l'exportation dans nombre de pays. Pourtant les politiques continuent de privilégier un développement agricole par l'insertion aux marchés internationaux. Ce dynamisme du vivrier marchand, en particulier en Afrique, dément les visions pessimistes qui considèrent que l'agriculture de ce continent est au point mort.

Ressources "Exemple" : Le fonio
• Site internet : Fonio
• Fiche : La transformation du fonio en Afrique de l'Ouest
• Projet scientifique Inco-Fonio
A quelles conditions la production vivrière peut elle prendre la relève des importations ?

Avant de proposer des solutions techniques miracles, il faut mobiliser les réserves existantes de gains de productivité. Elles sont encore nombreuses : il reste des terres à cultiver, des potentiels de rendement importants avec le matériel végétal existant, des moyens de réduire les pertes. Cependant, ce potentiel ne peut pas totalement s'exprimer. La grande majorité des agriculteurs sont pauvres, n'ont pas accès aux intrants, au crédit, aux assurances ou encore aux conseils. Leur environnement n'est pas favorable à leurs activités, ne sécurise pas le risque qu'ils prennent à investir davantage dans le secteur. Car la production agricole demeure une activité risquée.
Par ailleurs, les ressources existantes ne sont pas toujours suffisantes. Dans bien des cas, il manque des solutions techniques, du matériel végétal amélioré, des moyens de lutte contre les maladies pour débloquer des goulots d'étranglement et augmenter les rendements. Les investissements dans la recherche sur ces productions ont été insuffisants.

Ressource "Exemple" : Le cas du Burkina-Faso
Le problème se situe t-il uniquement au niveau de la production agricole ?

Le secteur vivrier ne se limite pas aux producteurs agricoles. On l'oublie trop souvent. Il concerne également un très grand nombre d'activités permettant d'assurer la connexion entre les producteurs et le marché : activités de transformation agroalimentaire (extraction d'huile, broyage des céréales ou des racines et tubercules, séchage du poisson, etc.), de commercialisation et de distribution, ou encore de restauration. C'est, d'une part, grâce à ce secteur que les produits circulent, sont acheminés vers des marchés, sont stockés, adaptés à la demande des consommateurs et leur sont distribués. C'est, d'autre part, par l'intermédiaire de ces activités que les incitations du marché sont transmises aux producteurs, en termes de quantité, de qualité et de prix requis. Ce secteur est dans une situation paradoxale : il joue un rôle crucial de courroie d'entrainement du secteur agricole par le développement des marchés domestiques. Il est pourtant presque partout négligé dans les politiques. Celles-ci se limitent bien souvent à considérer d'un côté des producteurs agricoles ruraux et de l'autre des consommateurs urbains, faisant fi de tout ce secteur qui fait le lien entre eux et régule ainsi offre et la demande.
Une marge de manœuvre de taille se situe donc dans ces activités de transformation et de commercialisation, dans la création d'un environnement plus favorable à leur développement, dans la création d'infrastructure de transport, de stockage, dans les technologies de transformation des produits agricoles. Ce secteur est essentiellement tenu par les femmes et une grande partie de la marge de manœuvre est entre leurs mains. Mais sa forte croissance depuis une vingtaine d'années a attiré quelques gros opérateurs qui spéculent et répercutent mal aux producteurs la hausse des prix à la consommation. Il faut donc des politiques qui permettent au marché de mieux fonctionner et non pas un total laisser faire qui laisse les plus puissants profiter de positions avantageuses et accroit d'avantage les inégalités.

Quelles pistes pour gérer la crise et en sortir ?

A court terme, des mesures d'urgence s'imposent : la crise risque d'avoir des conséquences dramatiques sur la situation nutritionnelle des plus vulnérables. Cependant, une aide alimentaire d'urgence ne règlera pas le problème.
Il est également nécessaire de libérer les marges de productivité dans le secteur du vivrier marchand, tant au niveau de la production que de la transformation et de la commercialisation. Sans qu’il y ait de solution miracle, il suffit déjà, pour faire réagir le vivrier marchand, de pouvoir garantir l'accès aux paysans à un peu plus d'engrais, de produits phytosanitaires, de routes en bon état, de moyens de transformation, de crédit, de conseils, d'assurance, d'informations sur les prix, de réduire les taxations policières sur les routes, le prix du gas-oil. Par ailleurs, les paysans sont appauvris par des années d'abandon du secteur agricole par les politiques. C'est donc tout un soutien à l'agriculture des pays à vulnérabilité alimentaire qu'il faut relancer et non pas poursuivre une politique de libéralisation accélérée de ce secteur, lui faisant subir les aléas des marchés internationaux. Le développement agricole doit donc devenir une priorité dans l'agenda international.
A plus long terme, il sera sans doute difficile de s'affranchir de la question d'une meilleure répartition des ressources. Car c'est bien parce que certains grands pays, très peuplés, se mettent à consommer comme les pays les plus industrialisés que l'on se rend compte des limites du système. Ceux qui souffrent aujourd'hui sont bien peu responsables de ce qui les fait souffrir. Il ne s'agit plus de transférer le modèle agro-industriel pour le généraliser à l'ensemble de la planète, mais bien d'inventer ensemble un système plus durablement équitable.

Synthèse réalisée par Nicolas Bricas et Elsa Bru à partir des contributions d'Estelle Bienabé, Marie-Hélène Dabat, Bruno Dorin, Sandrine Dury, Fréderic Lançon, Patricio Méndez del Villar, Paule Moustier, Ludovic Temple.

 

[ Contact ]

Nicolas Bricas, nicolas.bricas@cirad.fr
Sandrine Dury, sandrine.dury@cirad.fr
Frédéric Lançon, frederic.lancon@cirad.fr

 

[ En savoir plus ]

Unité mixte de recherche Marchés, organisation, institutions et stratégies d'acteurs (UMR Moisa)

Unité de recherche Actions collectives, politiques et marchés

La prospective Agrimonde

 

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Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /Avr /2008 09:39
 

Les révoltes de la faim dans les pays du Sud : l'aboutissement logique de choix économiques et politiques désastreux

article publié le 18/04/2008
auteur-e(s) : Attac France, Confédération Paysanne

Communiqué commun Attac – Confédération Paysanne

Les révoltes dans divers pays révèlent une crise alimentaire mondiale qui s’installe sans doute pour une longue période, à défaut de changement radical d’orientation.

 

Nous ne sommes pas dans une situation de pénurie mondiale. Quoique extrêmement faibles, les stocks sont encore suffisants pour faire la jonction entre deux récoltes. Mais l’accès à l’alimentation des populations s’est dégradé brutalement face à une augmentation considérable des prix. Elle aggrave encore la situation actuelle (20 000 morts par jour, près de 900 millions de personnes souffrant de malnutrition dont 80% de paysans).

La faiblesse des stocks est en cause. Elle provient en partie de phénomènes nouveaux : une demande forte en céréales et oléagineux pour l’alimentation, une demande en hausse pour la production d’agrocarburants industriels (éthanol et diester) et des accidents climatiques qui ont diminué les récoltes sur certains territoires de la planète.

Mais cette nouvelle tension sur les marchés révèle surtout des problèmes structurels, issus de choix économiques désastreux, basés sur la croyance des bienfaits pour l’humanité de la libéralisation des marchés agricoles et de la marchandisation tous azimuts :
- avançant la nécessité du remboursement de la dette, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale contraignent depuis des dizaines d’années les pays pauvres à réorienter leurs productions agricoles vers l’exportation. Ces pays ont ainsi dû délaisser leurs cultures vivrières, augmentant leur dépendance aux marchés extérieurs ;
- sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce et sous la pression des accords bilatéraux, les politiques agricoles de tous les pays et leurs tarifs douaniers ont été progressivement démantelés : l’agriculture paysanne des pays du Sud se retrouve sans protection, en compétition directe avec l’agriculture subventionnée et industrielle des pays du Nord ;
- la spéculation sur les marchés de matières premières accentue l’instabilité, à la baisse ou à la hausse, de leurs prix. Elle s’inscrit dans le cadre d’un capitalisme financier exacerbé, qui détériore l’ensemble des conditions de vie, y compris dans ce qu’elles ont de plus élémentaire ;
- de nombreux pays, en soutenant le développement des agrocarburants, répondent aux intérêts des multinationales mais mettent un peu plus en danger la sécurité alimentaire mondiale. Tandis que leur bilan carbone est contesté dans la plupart des cas, les cultures intensives d’agrocarburants concurrencent directement les productions alimentaires et favorisent la hausse des prix et la spéculation.

Pour toutes ces raisons qui n’ont rien de conjoncturel, il est à craindre que l’extrême pauvreté et les conflits régionaux ne fassent que s’aggraver. Seules des mesures cohérentes, en rupture avec les politiques libérales actuelles, peuvent permettre d’endiguer la catastrophe qui s’annonce :
- une régulation mondiale des marchés agricoles avec le recours aux stocks publics dans le cadre d’une instance internationale sous l’autorité des Nations unies : elle doit permettre une régulation des prix mondiaux compatible avec l’intérêt général et l’instauration d’une fiscalité procurant les ressources publiques pour satisfaire les besoins en développement des pays du Sud ;
- la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des populations, de leurs États ou Unions à définir leur propre politique agricole et alimentaire sans dumping vis-à-vis des pays tiers ;
- l’annulation de la dette des pays pauvres et l’augmentation substantielle de l’aide publique, à commencer par celle de l’Union européenne et de ses États membres, qui est aujourd’hui en diminution ;
- un moratoire pour suspendre la production d’agrocarburants et expérimenter des solutions alternatives, comme le propose Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation.

Enfin, la crise alimentaire ne peut être résolue au détriment des impératifs écologiques, notamment par la déforestation et le développement des OGM. La crise climatique et l’épuisement des sols sont autant de facteurs qui, au contraire, accentuent la crise alimentaire. Les solutions résident dans des pratiques agricoles écologiques et sociales. Elles nécessitent en particulier une réorientation de la recherche publique agronomique et des politiques agricoles et alimentaires dans leur ensemble.

Contacts :
Aurélie Trouvé, co-présidente d’Attac, 06 17 17 50 87
Régis Hochart, porte-parole de la Confédération Paysanne, 06 08 75 00 73

Montreuil , le 18 avril 2008

 

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Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /Avr /2008 09:34
 

Le continent africain a une carte à jouer, pour sa propre consommation, mais aussi pour satisfaire une demande internationale croissante. Sans parler des biocarburants…

Par Bénédicte Châtel, Paris

Malgré une baisse ponctuelle des prix de la plupart des matières premières sur les marchés mondiaux ces derniers jours, la tendance globale demeure haussière. Et le sucre n’y échappe pas. Une bonne nouvelle pour l’Afrique qui investit massivement dans ce secteur.
Selon Peter Baron, directeur général de l’Organisation internationale du sucre (OIS), les cours sont très fluctuants : début mars la livre était à 15 cents, soit son plus haut en 19 mois, pour chuter à 11 cents le 20 mars. Mais ces niveaux demeurent élevés et la fourchette de 11 à 14 cents devrait se maintenir d’ici la fin de la campagne en septembre. Puis, ils s’établiraient, selon le Brésilien Archer Consulting, entre 12,5 et 13,5 cents en 2008-09, puis entre 13,5 et 15 cents lors de la campagne suivante.
Cette fermeté est due à l’intérêt que portent les investisseurs et spéculateurs au marché des matières premières en général, et au sucre en particulier. Pourtant, les fondamentaux ne sont actuellement guère favorables : l’excédent sucrier mondial a, certes, été révisé à la baisse en février par l’OIS, mais demeure à 9,3 millions de tonnes (Mt) alors que la production mondiale continue d’excéder la consommation, à 168,4 Mt et 159,1 Mt respectivement. Les stocks mondiaux grossiraient encore de 6 Mt d’ici la fin de la campagne, le ratio stock/demande s’établissant alors à 46,5% !

Vers l’équilibre

Toutefois, la situation devrait s’équilibrer dès l’année prochaine. Non seulement la demande mondiale croît de 2 à 3% par an, selon le spécialiste Czarnikow, avec des explosions dans des pays comme le Soudan où se trouve la Kenana Sugar Company, une des plus importantes structures sucrières du monde, mais l’Inde, devenue numéro deux mondial derrière le Brésil, verrait ses exportations baisser de 3,5 Mt cette année à seulement 2,5 l’année suivante, et serait même importateur en 2010/11, précise Gareth Forber du département sucre de LMC International. La production européenne baisse aussi avec la réforme de la PAC. Quant au Brésil, 54% de sa production de canne irait en 2008/09 à la production d’éthanol.

Carte à jouer

Le continent africain a ainsi une carte à jouer pour améliorer son autosuffisance, mais aussi pour se placer à l’exportation. Le continent produit 9,9 Mt de sucre alors qu’il en consomme 16,1 Mt, rappelle Don MacLeod, directeur général du groupe sucrier sud-africain Illovo. On investit donc à tour de bras. A commencer par Illovo, dont la production devrait grimper de 750 000 t ces 5 à 6 prochaines années. Le Marocain Cosumar, détenu à 55% par l’ONA, va aussi investir plus de 1,6 milliard de dirhams (157 millions d’euros) ces cinq prochaines années pour que le pays puisse couvrir 55 à 60% de sa demande : le Maroc importe actuellement 650 000 à 700 000 t de sucre, soit 55% de ses besoins.
Idem en Algérie où le numéro un de l’agro-alimentaire, Cevital, veut propulser sa production à 800 000 t contre les 600 000 t actuelles. En juin prochain, le complexe sucrier dans la ville portuaire de Bejaia démarrera une seconde unité d’une capacité de 1 Mt/an destinée au marché d’exportation. En Egypte, la raffinerie, d’une capacité de 750 000 t (investissement de $ 140 millions du Saoudien Savola), a démarré sa production : c’est un des cinq plus grands complexes sucriers du Proche-Orient.
Au Ghana, le Français Louis Dreyfus va rouvrir une raffinerie d’une capacité de 200 000 t. L’Ethiopie a pris du retard dans sa rénovation des trois unités sucrières mais, d’ici 2011, selon le ministre du Commerce et de l’Industrie Girma Birru, la production devrait atteindre 1,3 Mt contre les 300 000 t actuelles : l’Inde (Exim Bank) a injecté $ 640 millions dans la construction d’une raffinerie à Tendaho et l’extension de celle de Finchaa. Celles de Wonji et Shoa sont aussi en cours de rénovation.

Le continent produit 9,9 Mt de sucre alors qu’il en consomme 16,1 Mt, rappelle Don MacLeod, directeur général du groupe sucrier sud-africain Illovo.

Biocarburant

Outre le sucre, l’Afrique a un potentiel important pour devenir d’ici 10 ans un exportateur majeur de biocarburant, selon Meghan Sapp, de HG Consulting à Bruxelles. Des programmes éthanol majeurs sont en cours au Nigeria, au Mozambique et au Soudan. Des pays comme l’Ethiopie, l’Ouganda et le Nigeria développent déjà des politiques de flexfuel pour leur parc automobile national. Le Malawi produit depuis plus de 30 ans de l’éthanol dérivé de la canne à sucre. Au Mozambique, $ 290 millions sont levés auprès de hedge funds pour un projet de plantation de 20 000 ha de cannes à sucre et une unité de bioéthanol ; l’année dernière Central African Mining & Exploration a investi $ 150 millions dans une usine d’éthanol, et Petromoc consacre $ 550 millions au développement de biocarburants. Bref, le sucre dynamise !

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Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /Avr /2008 08:12
Article paru dans le Canard enchaîné du 2 avril 2008.
Signé : Professeur Canardeau.

Elle n'en finit pas de finir cette marée noire dans l'estuaire de la Loire. Elle date du dimanche 16 mars. Et c'est maintenant la plage de La Baule qui est touchée...Pourquoi en faire tout un plat ? C'est la faute à pas de chance, voyons. Et puis c'est encore à cause de Total. On s'habitue. Ce serait Shell ou BP, peut-être qu'on s'y intéresserait plus. Ajoutons qu'il ne s'agit que de 400 tonnes de fuel lourd échappées d'une raffinerie. Soit trente fois moins que l'Erika !

Certes, il suffit d'une tonne pour saloper tout le coincetot, mais bon. Et puis Total a présenté ses excuses. Et a promis de nettoyer, et de rembourser les dégâts. Donc tout va bien, non ?

Comme d'habitude le pétrolier a commencé par minimiser la chose. C'est "un petit incident", ne vous inquiétez pas, on s'en occupe. Attitude classique chez Total : c'est le contraire qui nous aurait étonnés. Du coup, le ministre Borloo a émis une légère crtitique à l'endroit de la multinationale la plus bénéficiaire du CAC 40 : "Total n'a pas apprécié l'ampleur du sinistre". Quelle méchanceté. Quelle pertinence !  On voit que le Grenelle est passé par là.

La préfecture de Loire-Atlantique s'est empressée d'affirmer, elle, que la pollution était quasiment terminée. La centaine de pêcheurs réduits depuis plusieurs jours à l'inactivité, le président de la Ligue de protection des oiseaux Alain Bougrain Dubourg, les paludiers, les écolos, tous ont dit le contraire.

Cette marée noire a pourri les berges pour longtemps, dégueulassé des vasières et des roselières (lieux couverts de roseaux) très difficiles à nettoyer, puis a remonté l'estuaire et multiplié les dégâts. Mais pourquoi en faire tout un plat ? Au fond, ce ne sont que des dégâts collatéraux. Total ne sponsorise-t-il pas l'opération "Planète Terre" de l'UNESCO ? Ainsi que l'ami de la planète Jean-Louis Etienne, qui va se promener au-dessus du pôle Nord en montgolfière ?

Au fond, plus vert que cette marée noire, y a pas.

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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 10:28

Biodiesel de coprah : Tuvalu sur la voie de l’exemplarité

 

Cuisiner au lisier de porc, naviguer au biodiesel de coprah… Les Tuvaluens poursuivent leur apprentissage concret d’un mode de vie soutenable.

C’est à la production de biodiesel de coprah que les Tuvaluens seront cette fois sensibilisés et formés, grâce à l’expertise de Gilles Vaitilingom, chercheur au CIRAD et spécialiste du biodiesel.

Loin des polémiques sur l’impact désastreux des agrocarburants produits à l’échelle industrielle, l’objectif est de démontrer l’intérêt de produire et utiliser localement un carburant de substitution pour un pays isolé, asphyxié par l’envolée du prix du baril.

Le biodiesel sera testé sur le générateur d’Amatuku, petit îlot au nord de l’île capitale Funafuti. L’objectif pour Alofa Tuvalu, l’ONG franco-tuvaluenne, est, à terme, de développer la production du biodiesel sur les 9 îles de l’archipel pour permettre, entre autres, de réduire le cout du transport inter-îles, un lien vital.

Autre volet du programme, la gazéification des cosses et coques de noix de coco pour produire de l’électricité et diminuer le volume des déchets. Une première unité, conçue en fonction du matériel disponible localement, sera élaborée.

Il s’agit de la seconde étape du programme du Centre National de Formation et de Démonstration aux énergies renouvelables mis en place par Alofa Tuvalu dans le cadre de son plan décennal « Small is beautiful » (Sib). SiB a démarré en 2005 et compte parmi ses soutiens : l’Ademe, la Sopac et le Piggarep. Un des objectifs de SiB est d’aider Tuvalu à devenir, avant sa probable disparition, une nation exemplaire et un modèle reproductible.

Parallèlement, l’association poursuit ses distributions de graines biologiques offertes par la Ferme de Ste Marthe et Kokopelli, ainsi que les campagnes de sensibilisation aux économies d’énergies et aux déchets au travers de réunions communautaires et de programmes radio quotidiens.

Cette nouvelle mission est pilotée par Gilliane Le Gallic, Présidente France d’Alofa Tuvalu et conceptrice du plan décennal. Elle est assistée sur place par Susie Kofe, Présidente du bureau local et les membres du comité national, Christopher Horner, architecte environnemental et Sarah Hemstock (SH Solutions), consultante privilégiée d’Alofa Tuvalu sur la biomasse et co-auteur de l’étude globale sur les énergies publiée en mars 2006.

 

 

 

 

Publié sur le site http://www.mediaterre.org

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Samedi 22 mars 2008 6 22 /03 /Mars /2008 16:35

La compagnie Bruce Power vient de demander l'autoeisation de construire quatre réacteurs en Alberta (Canada) pour produire le courant nécessaire au chauffage des sables bitumineux.

La frénésie de production d'hydrocarbures qui s'est emparée du Canada depuis quelques années soutient, paradoxalement, le développement du nucléaire. Le groupe privé d'énergie nucléaire Bruce Power, qui fournit déjà un cinquième de l'électricité de l'Ontario, vient ainsi de solliciter auprès de la Commission canadienne de sécurité nucléaire (CNSC) l'autorisation de construire quatre centrales nucléaires en Alberta, province du centre ouest. Un projet d'une dizaine de milliards de dollars canadiens (7 milliards d'euros) permettant d'installer à terme une puissance de 4 400 mégawatts. Une stratégie que Bruce Power souhaite réaliser en s'appuyant sur la petite société privée Energy Alberta, dont elle vient de prendre le contrôle.

Il s'agit du premier projet nucléaire dans cette province qui connaît un boom pétrolier sans précédent grâce à l'exploitation désormais rentable de ses sables bitumineux. Mais cette extraction nécessite d'énormes quantités d'énergie pour chauffer les sables. Une opération aujourd'hui très polluante, car techniquement dépendante des centrales au gaz naturel et au charbon, grandes émettrices de CO². Le gouvernement fédéral d'Ottawa a déclaré la semaine dernière qu'il souhaitait interdire, à partir de 2011, la construction de nouvelles unités au charbon, si elles ne capturent pas leurs émissions de gaz à effet de serre afin de les stocker sous terre. Une exigence qui, selon Duncan Hawthorne, le PDG de Bruce Power, renchérit de 50% le coût de production de chaque mégawatt-heure par rapport au nucléaire.

Ouverture aux technologies.

Le PDG a par ailleurs souligné sa volonté d'ouvrir le projet à toutes les technologies actuellement disponibles, sans privilégier celle d'Atomic Energy of Canada Limited (AECL) et son nouveau ACR-1000. Le Canada compte aujourd'hui 18 réacteurs de type Candu (à base d'eau lourde), assurant 15% de l'énergie du pays, mais Bruce Power serait prêt à étudier des projets concurrents émanant d'Areva, de Westinghouse ou de General Electrics allié à Hitachi.

Malgré cette ouverture, la nette domination du nucléaire canadien par AECL ne semble pas menacée. Au contraire, le Nouveau-Brunswick, une des provinces maritimes du pays qui mise sur le développement énergétique tous azimuths, vient de terminer l'étude de faisabilité pour la construction d'un deuxième réacteur ACR-1000 à Point Lepreau.

L'actuel, en fonction depuis 20 ans, va être arrêté le 30 mars pendant 18 mois pour des opérations de maintenance et de modernisation.  "Une opération de 1,4 milliards de dollars canadiens à laquelle Areva va apporter sa contribution sur le volet de la technologie de la sécurité" a précisé le week-end dernier Jack Keir, le ministre de l'Energie du Nouveau-Brunswick. Ces travaux permettront de porter la puissance du réacteur de 640 à 780 MW.

Patricia-M COLMANT

Les Echos du 18 mars 2007

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